Javier Tolcachier : Communication alternative à partir de l’expérience de Pressenza

06.02.2021 - Javier Tolcachier

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Portugais, Grec

Javier Tolcachier : Communication alternative à partir de l’expérience de Pressenza
(Crédit image : CII-Otras Voces en Educación)

Dans le cadre du cycle de débats sur la communication alternative, Javier Tolcachier, membre de Pressenza, s’est exprimé ce jeudi 4 février sur l’expérience communicationnelle de l’agence.

Ces séminaires de formation critique et de lutte contre le néolibéralisme éducatif, totalement ouverts et gratuits, sont organisés par le Centre international de recherche – Autres voix en éducation (CII-OVE) en alliance avec les organisations CEIP-H, MAEEC, Masa Critica, Savia, Kavilando, Mujer Pueblo-Magisterio, vice-rectorat de l’extension de l’Université du Panama, Emancipation, CIPCAL, le collectif Kaichuk Mat Dha, Red Global Network/Glocal pour la qualité éducative, et le collectif CENTRE MARTIN LUTHER KING-Uruguay.

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Tolcachier a souligné la nécessité d’inclure la communication comme un thème fondamental de l’éducation, afin de renforcer le potentiel éducatif, face à la pression permanente des contenus diffusés par les médias d’entreprise.

En plus de commenter l’origine doctrinale de l’action communicationnelle de Pressenza, basée sur les enseignements de Silo, il a mentionné la nécessité d’élargir la diffusion de la non-violence en préparant le monde à venir, un monde « qui devrait être intensément multiculturel et interculturel, d’égalité, de diversité, d’horizontalité entre les personnes, les genres, les peuples et les cultures ».

Il a développé dans sa présentation les stratégies de collaboration adoptées par l’agence, ainsi que l’engagement en faveur des processus de formation à la communication pour la non-violence.

Le chroniqueur a souligné la nécessité de nous préparer, et de préparer cet horizon en remarquant la relation structurelle entre l’intériorité humaine et les situations sociales, et de travailler à les transformer simultanément à partir d’un sentiment d’humanisation.

Le texte intégral de cette communication est reproduit ci-dessous.

Communication alternative et processus éducatifs

Le seul sens évolutif possible de l’éducation est un sens émancipateur, un sens qui vise à la transformation de conditions données, et au dépassement de ces facteurs qui produisent douleur et souffrance personnelle et sociale. Un sens qui nous permet de grandir en apprenant sans limites.

Citant les paroles de Paulo Freire, la véritable éducation est « praxis, réflexion et action de l’homme sur le monde afin de le transformer ».

Les processus de communication alternative poursuivent un objectif similaire, accompagnant les justes luttes sociales, ouvrant la conscience à de nouvelles possibilités, se rebellant contre les discours monopolistiques dont le but est l’acceptation de situations indignes et dépassées.

Les deux processus, l’éducatif-émancipateur et celui de la communication alternative, partagent certains outils tels que les signifiants et les significations qui non seulement transmettent et transfèrent les contenus mais aussi les déconstruisent et les reconstruisent de manière critique pour aider à forger de nouvelles possibilités de réalité.

Tout comme l’apprentissage ne se réduit pas à des espaces éducatifs formels, les codes transmis dans ces espaces ne sont pas non plus à l’abri de l’espace de communication. C’est un espace qui aujourd’hui englobe tout, du moment où nous nous levons jusqu’au moment où nous nous couchons, où que nous soyons.

Par conséquent, pour réussir de façon formative, nous comprenons que l’éducation devrait intégrer la communication à ses objets d’étude, car elle peut être une alliée de poids ou une concurrente mortelle.

Bien entendu, la communication ne se réduit pas au type de médiation ou d’intermédiation auquel nous avons fait référence jusqu’à présent.

Bien que cela soit évident, il est également important de faire allusion à l’importance fondamentale de la communication directe, le dialogue et sa gestion fluide par tous les acteurs de tout processus de groupe, qu’il soit éducatif ou politique, de sorte que la pertinence du thème suggère toujours une attention particulière.

Pour en revenir à la partie centrale de cette exposition, nous dirons que l’environnement éducatif peut être un grand allié de la communication dans un sens transformateur, en renforçant dès les premières années d’apprentissage un sens critique et révélateur de l’intention qui sous-tend toute production, qu’elle soit de type objectif ou éminemment subjective, comme le sont l’information et la communication au sens large.

Ce dévoilement des intentions, qui constituent la véritable matière première de l’histoire humaine, nous amène à commenter l’optique de communication qui imprègne le modus operandi de notre agence Pressenza.

La communication à partir d’une approche non violente

Pressenza est une agence de presse internationale à l’esprit humaniste qui donne une visibilité prioritaire aux événements, initiatives, propositions et scénarios liés à la Paix, la Non-violence, le désarmement, les Droits Humains et la lutte contre toute forme de discrimination. Elle place l’être humain en tant que valeur et préoccupation centrales et célèbre la diversité. Ainsi, elle propose un journalisme actif et lucide qui respecte ces principes essentiels, visant à la résolution des crises et des conflits sociaux sous toutes les latitudes.

En ce sens, elle diffuse des études, des analyses et des actions qui contribuent à la paix mondiale et au dépassement de la violence ; en donnant la priorité au désarmement nucléaire et conventionnel, à la résolution pacifique des conflits, à leur prévention et au retrait des territoires occupés.

En même temps, elle dénonce tous les faits et situations qui provoquent douleur et souffrance au sein des populations, en essayant de démêler et de transformer les causes de ces événements, en allant au-delà du simple rôle de spectateur.

L’agence nait en 2008 pour fournir un support d’information à la 1ère. Marche mondiale pour la paix et la Non-violence. Tant l’agence que cette action – qui a compté avec la participation de millions de personnes dans le monde entier – ont été promues par le Mouvement Humaniste.

Ce mouvement place parmi ses principaux postulats l’être humain comme valeur et préoccupation centrales et trouve ses racines dans les enseignements de l’Argentin Mario Luis Rodríguez Cobos – plus connu sous son pseudonyme de Silo – qui, pendant 50 ans, a développé une doctrine et une praxis visant à la transformation simultanée de l’individu et de la société.

Parmi ses principales contributions figure le thème de l’intentionnalité en tant qu’élément définissant l’humain, une question qui est tributaire de la phénoménologie husserlienne. Allant plus loin, Silo propose comme définition de l’être humain, celle d’un « être historique dont le mode d’action sociale transforme sa propre nature ».

Au-delà des multiples implications de cette définition, cette prémisse est d’une importance fondamentale pour tout processus de transmission de contenus, qu’il soit éducatif ou communicationnel.

La négation de l’intentionnalité d’un être humain le chosifie, le transforme en objet, et constitue le fond de la violence, en n’importe laquelle de ses multiples formes : violence physique, économique, psychologique, ethnique, religieuse ou morale.

A partir de là, l’humanisme utilise – en cohérence avec sa propre logique doctrinale – la Non-violence comme seule méthodologie possible pour la relation entre les êtres humains et leurs motifs inhérents de transformation de ce qui est donné.

Il convient ici de se débarrasser d’un autre préjugé habituellement associé à la Non-violence, la rapportant à des attitudes passives, contemplatives, naïves ou réduites à un pacifisme déconnecté des contradictions sociales qui sont à la base du militarisme.

La Non-violence est éminemment active, transformatrice et par sa propre position elle a la stature morale incontestable pour attirer le soutien de grands groupes. Et dans la pratique sociale, nous voyons qu’aujourd’hui, cela s’est déjà consolidé comme un consensus des peuples.

Cette attitude non violente doit être communiquée, doit étendre son influence, doit renforcer la compréhension et la foi en son potentiel de transformation. Afin d’installer une culture de la Non-violence, qui serve de support aux prochaines étapes de l’espèce, il est nécessaire de montrer que des millions d’événements non violents ont lieu chaque jour, et de générer des matrices d’information qui contrebalancent la manipulation des appareils médiatiques du pouvoir violent, soucieux de justifier ses actions illégitimes et sa permanence.

L’intention de Pressenza ne se limite pas à dénoncer la violence établie sous ses multiples formes, mais vise également, dans un sens propositionnel, à informer sur des alternatives embryonnaires ou sur celles déjà en cours, afin de renforcer les horizons de transformation effective.

En même temps, le but de communiquer explicitement à partir de la Non-violence est d’encourager une adhésion consciente à cette attitude de vie, en multipliant les possibilités afin que les groupes puissent se joindre aux tentatives de changement de leur environnement. De même, la communication d’un point de vue non-violent a pour mission de persuader sur la nécessité de cohérence et de réflexion sur soi-même, sur ces contenus de sa propre intériorité qui doivent accompagner, mais qui, s’ils ne sont pas suffisamment perçus, ralentissent ou entravent la modification sociale et historique souhaitée.

Processus formatifs de communication pour la Non-violence

Un aspect essentiel de l’action de Pressenza est de promouvoir des processus éducatifs autour de la Non-violence et sa traduction dans le domaine de la communication.

Cette formation est essentielle pour remplir ses objectifs informatifs de manière appropriée, mais aussi pour diffuser et développer des méthodologies d’apprentissage qui aident à façonner et à consolider une attitude humaniste comme mode de relation interpersonnelle et sociale.

Le point de départ de ces processus de formation est de déloger le préjugé selon lequel la violence fait partie de la nature de l’être humain, car si ce préalable s’avérait immuable, tout effort pour le surmonter n’aurait aucun sens. Si cet axiome néfaste se vérifie, il est difficile d’accepter que les gens puissent aussi être gentils ou compatissants, ou qu’ils puissent collaborer entre eux, car une « nature » supposée violente empêcherait une telle attitude. Et s’il était admis que l’être humain puisse être d’une nature ou d’une autre, alors il serait dans sa « nature » de choisir et de ne pas être violent.

L’affirmation selon laquelle la violence est intrinsèque à la conduite humaine et à l’idée même de nature humaine a été utilisée pour justifier des atrocités et des méfaits, fondés sur des natures prétendument différentes, classées selon un ordre prétendument préétabli, dont les interprètes moralistes et les mandataires immoraux se classaient généralement en haut de l’échelle.

Sur le thème de la « nature humaine », il convient d’illustrer ceci par une brève citation de Silo :

“L’amplification de l’horizon temporel de la conscience humaine permet à l’humain ces délais face aux stimuli et de les situer dans un espace mental complexe. Cela le rend capable d’effectuer des délibérations, des comparaisons et d’en tirer des conclusions hors du champ perceptif immédiat.

“En d’autres termes, il n’existe pas de « nature » humaine en l’être humain, à moins que cette « nature » ne soit considérée comme une capacité différente de celle de l’animal de se mouvoir dans des temps au-delà de l’horizon de perception. Autrement dit, s’il y a quelque chose de « naturel » dans l’être humain, ce n’est pas dans un sens minéral, végétal ou animal : ce qui est « naturel » en lui est précisément le changement, l’Histoire, la transformation. Cette idée de changement s’accorde mal avec l’idée de « nature », et c’est pourquoi nous préférons ne pas utiliser le mot « nature » tel qu’il a été utilisé jusqu’à présent et qui, de plus, a servi à justifier tant de déloyautés envers l’être humain.”

Et dans un autre passage plus loin :

“Nous sommes donc très loin de l’idée de nature humaine. Nous sommes même à l’opposé. Je veux dire que si le naturel a asphyxié l’humain au moyen d’un ordre imposé par l’idée de permanence, nous disons maintenant le contraire : le naturel doit être humanisé et cette humanisation du monde fait de l’homme un créateur de sens, de direction, de transformation.” [1]

Partant de cette relation structurelle entre la conscience humaine et le monde, depuis un besoin évident chez les humains de modifier les conditions de vie, se construit une conception qui permet de penser en dynamique une évolution personnelle et sociale vers des sociétés et des sujets sociaux non violents.

De ce point de vue, de même que l’être humain se conçoit dans une influence intime et réciproque avec l’environnement qui l’entoure, de même le champ de l’intériorité humaine s’apprécie dans un lien permanent avec l’extériorité environnante.

Par conséquent, la formation à l’attitude non-violente travaille à surmonter les facteurs personnels, interpersonnels et sociaux qui génèrent douleur et souffrance, facteurs qui, en se projetant, réalimentent la violence interne et externe.

Exprimé en termes plus simples, nous aspirons à ce que, par des processus de formation à la non-violence et à la pratique de la communication, cette façon de communiquer agisse sur les deux termes d’une communication dialogique (N.d.T. dans laquelle chaque personne impliquée est à la fois locutrice et auditrice), opérant des transformations non seulement chez ceux qui reçoivent l’information, mais aussi chez ceux qui la produisent.

Stratégies de développement de Pressenza

Dès le début, Pressenza a misé sur les valeurs qui découlent de l’accumulation du processus du Mouvement Humaniste : la formation, le travail bénévole de ses membres et la possibilité d’avoir des correspondants dans différents pays et différentes cultures.

Quant au bénévolat, il ne s’agit pas seulement d’une caractéristique d’ordre sans doute pratique, permettant de compter sur la collaboration de centaines de communicants militants et de se développer sans limites. L’attitude volontaire implique la générosité, faisant sien un style de vie qui défie les valeurs imposées par un système mesquin.

Au-delà du besoin de survie, qui pourrait parfaitement être couvert par la répartition équitable de ce qui est socialement produit – qui aujourd’hui dépasse déjà largement les besoins de toute la population mondiale – l’humanisme se rebelle contre la croyance qui sert de support à toutes les formes d’aliénation humaine : C’est-à-dire que toute action produite doit correspondre à une rétribution monétaire, et que cela devienne donc une motivation centrale de l’existence.

A son tour, l’action militante volontaire confère à l’agence une totale liberté d’action, sans qu’elle ait à adapter sa ligne éditoriale à un quelconque mécène, permanent ou occasionnel.

Quant à la présence internationale, outre l’importance de pouvoir fournir des informations provenant de différents continents – actuellement en 9 langues – et de contextualiser les événements avec une vision globale, elle a une valeur additionnelle intangible fondamentale.

En raison de l’interconnexion et du contact croissant entre toutes les cultures, nous sommes en présence de la naissance de la première civilisation planétaire de l’histoire de l’humanité. À partir de cette compréhension, il est nécessaire de forger une entente, une convergence et un sentiment de communauté entre les différents processus culturels, un objectif que Pressenza aborde à partir de la richesse de la diversité, de la résolution non-violente des conflits, du multilatéralisme géopolitique, de la réparation des injustices historiques et de la réconciliation entre les peuples comme sujets d’information.

En périodes de fracture sociale et dans le même esprit de convergence sur les fondements de la Non-violence et de la lutte contre toutes les formes de discrimination, l’agence ouvre ses portes à un nombre considérable de collaborateurs assumant leurs éditoriaux nationaux ou linguistiques avec un caractère d’autonomie qui leur donne un degré important de liberté d’action.

Cette caractéristique de l’autonomie permet de fixer des priorités éditoriales d’intérêt local, national, régional ou même culturel, en s’adaptant aux nécessités conjoncturelles, mais aussi de forger un esprit interne de rassemblement de la diversité, incluant sans aucun doute le débat et l’approfondissement de questions sur lesquelles il n’y a pas nécessairement d’accord éditorial automatique.

Dans sa stratégie de développement, Pressenza a fait des relations de collaboration un élément central de son action. La création et le maintien de réseaux de communication avec des médias et des agences de toutes les régions de la planète, créent les conditions nécessaires pour déplacer la manipulation de l’information par des agences qui exercent une hégémonie sur le discours public, tout en proposant de nouvelles significations communes de solidarité, de coopération et d’intégration.

Projection

Alors que nous continuons à exercer et à perfectionner le travail de production communicationnelle, nous sommes aujourd’hui confrontés au même défi que tous ceux qui veulent une révolution profonde et durable vers une nouvelle matrice de relations, vers une nouvelle organisation sociale aux caractéristiques humanistes et vers un nouvel être humain.

Ce défi consiste à pouvoir établir un contact dialogique avec les grands groupes humains, à pouvoir pénétrer la couche de superficialité induite par le manque d’alphabétisation et de communication d’un système capitaliste cruel, qui tente aujourd’hui de se réinventer grâce aux nouvelles technologies.

Le défi consistant à concrétiser ce dialogue de nouvelles significations est facilité non seulement par la détérioration évidente de la situation objective dans laquelle vivent les groupes aujourd’hui, mais aussi par l’affaiblissement croissant des paradigmes qui soutenaient un type d’organisation sociale aujourd’hui obsolète.

Cependant, face à l’incertitude et à l’instabilité que cette situation génère, émerge également la rétrogradation, le conservatisme, comme un soutien provisoire, comme une illusoire compensation à l’angoisse de la situation.

L’humanité a un besoin urgent de nouvelles bases sur lesquelles construire son horizon futur, un horizon qui s’annonce intensément multiculturel et interculturel, d’équité, de diversité, d’horizontalité entre les personnes, les genres, les peuples et les cultures.

Pour concrétiser cette image, le défi est ensuite synthétisé en se connectant à ce moteur profond qui, depuis le début de l’histoire, a fait passer l’être humain entre doutes et certitudes, entre succès et erreurs, vers des utopies inaccessibles qui sont devenues par la suite la réalité la plus complète et la plus incontestable.

Ainsi, Freire dira : Devenant et redevenant au cours du processus d’élaboration de l’histoire, sujets et objets, les femmes et les hommes se transforment en êtres d’insertion dans le monde, et non pas en pure adaptation au monde, et finissent par avoir en rêve un moteur de l’histoire. Il n’y a pas de changement sans rêve, tout comme il n’y a pas de rêve sans espoir.[2]

Et comme le dit Silo :

Inutile et malveillante prophétie que celle qui annonce l’hécatombe du monde. J’affirme non seulement que l’être humain devra continuer à vivre, mais aussi qu’il grandira sans limite. Et je dis aussi que ceux qui nient la vie désirent voler tout espoir, cœur palpitant de l’acte humain.[3]

Alors ça vaut la peine d’essayer.

Merci beaucoup.

[1] Silo. À propos de l’humain. Silo parle. Éditions Références.

[2] Freire, P. Pedagogía de la Esperanza. Siglo XXI Editores.

[3] Silo. Humaniser la Terre. Éditions Références.

Catégories: Culture et Médias, Humanisme et Spiritualité, Nonviolence
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